La sensation de ne pas être à sa place. À ma place. Se retrouver à table au milieu de conversations allant par nombre paire et se sentir, de manière générale, incroyablement impaire. Lorsque tout à coup, les lignes de votre main sont la seule occupation qui soit digne de votre attention, vous vous sentez l'âme fugitive, indésirable. Le brouahaha mute alors en un bourdonnement d'indifférence. Quelque part, ça a toujours été comme ça et à chacun sa version des faits. Parce qu'il y a la peur d'être pris au milieu et de développer des sentiments, la volonté de ne s'en remettre qu'à soi-même, l'agrément de se retrouver seul et votre goût de l'atypique qui ne cadre pas dans la vie en société. Tout est à demi-vrai, mais peu importe, trouver la cause profonde ne vous rendra pas l'âme enjouée.
Alors pour avoir une chance de survivre, vous vous adaptez. Vous assimilez des goûts, des attitudes, des modes qui ne sont pas les vôtres. Et vous existez enfin, vous comptez quelque part ; quelque part, il se peut qu'on parle de vous, qu'on pense à vous, que votre nom ressorte spontanément d'une conversation -et ce sans connotation négative-. Votre forme parle toujours un peu plus que votre fond, alors vous ravalez façade sur façade, jusqu'à ce qu'un jour peut-être, s'insuffle en vous un vent de révolte, Une rencoeur inavouée qui réclame à votre corps d'exprimer le contenu de votre code génétique.
Mais depuis le temps que vous portez un masque, impossible de s'défaire du déguisement, c'est tous les jours Halloween...
La vie n'est q'un mensonge..